Faute d’une offre de soins suffisante autour d’eux, les deux tiers des médecins généralistes se retrouvent débordés et déclarent, selon une étude, être amenés à refuser des nouveaux patients en tant que médecin traitant.
Chaque fois que Charline tombe malade, c’est la même galère. “Mon médecin traitant est parti à la retraite il y a deux ans et c’est un parcours du combattant pour en trouver un nouveau”, soupire cette coach sportive de 34 ans qui réside à Asnières-sur-Seine, près de Paris. Si elle mise au maximum sur l’automédication et les conseils de son pharmacien, dès qu’elle souffre de maux de ventre, de vomissements et de fièvre, elle se lance dans une longue et périlleuse recherche sur les plateformes de prise de rendez-vous en ligne. “Sur Doctolib, quasiment tous les médecins installés près de chez moi refusent les nouveaux patients”, se plaint-elle.
La situation de Charline n’est, hélas, pas un cas isolé. Une étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) confirme en effet l’enlisement du système de santé français dans une réduction de l’offre de soins… Et les difficultés d’accès aux docteurs ne se limitent pas aux seuls spécialistes qui imposent traditionnellement des délais d’attente à rallonge, comme les gynécologues et les ophtalmologistes. Ainsi, en 2022, les deux tiers des médecins généralistes (65%) déclarent avoir été amenés à refuser des nouveaux patients en tant que médecin traitant. Une situation qui s’est dégradée en trois ans, relève la Drees, puisqu’ils n’étaient “que” 53% à laisser des patients sur le carreau en 2019.
La principale cause de refus est le manque de confrères autour du cabinet. “Près de 80% des médecins généralistes libéraux jugent aujourd’hui insuffisante l’offre de médecine générale dans leur zone d’exercice, soit 11 points de plus qu’en 2019”, note la Drees. C’est le cas de Juline Agnelli, jeune médecin généraliste qui a remplacé un docteur parti à la retraite à Barcus, un village basque d’environ 600 habitants. Installée en octobre 2021, elle a récupéré les 500 patients de son prédécesseur puis accepté 300 nouveaux patients avant de fermer l’accès à sa patientèle suivie sept mois plus tard. “C’est allé très vite”, souffle cette docteur qui songe à s’associer avec une consœur pour tenir face à l'accroissement de la demande de soins.
Allongement du temps de travail… jusqu’à épuisement ?
Plutôt que de refuser des nouveaux patients, certains médecins emploient d’autres stratégies afin de s’adapter à l’offre de soins sur leur lieu d’exercice. En 2022, selon la Drees, 71% des médecins généralistes ont choisi d’effectuer des journées de travail plus longues pour répondre à la demande. C’est le cas de Nina Quedru, installée depuis 25 ans à Hérouville-Saint-Clair, dans la banlieue de Caen. “Je fais entre 9 et 10 heures de consultation par jour et je mange dans mon cabinet. Je ne prends pas de pause”, lâche cette généraliste qui suit 1.500 patients en tant que médecin traitant, auxquels s’ajoutent 700 patients occasionnels. “Ma stratégie, c’est de continuer à travailler en regardant les résultats d’examens pendant ma demie-heure de pause”, souligne-t-elle.